Commission d'élevage de la Société Romande d'Apiculture

CONTRÔLE DES RACES

Celui qui s'est décidé à faire l'élevage de la race pure c'est le but de chaque éleveur d'avant-garde ne peut faire autrement que de tester ses reines quant à d'éventuels accouplements impro­pres. Même dans des stations de fécondation excellentes, des sur­prises désagréables peuvent compromettre tout l'élevage. Il ne suffit pas de se fier à son instinct pour juger si une population est de race pure. La couleur seule n'est, par exemple, pas un signe per­mettant de juger de la pureté d'une population de manière sûre. Il arrive même que des apiculteurs expérimentés soient surpris de pouvoir se tromper aussi totalement. On devrait donc toujours s'assurer, avant de destiner une colonie à l'élevage, qu'il s'agit vraiment d'une race pure répondant entièrement à toutes les exigences. Spécialement chez nous, où de nombreux croisements ont eu lieu, un jugement précis est la condition de réussite de notre travail d'élevage.

Examinons maintenant les possibilités à notre portée :

En premier lieu il s'agit pour nous de distinguer la carniolienne de la race du pays. Comme toutes les deux se ressemblent beau­coup, il est indispensable de mesurer les signes extérieurs de leur corps. Ces signes ne seront pas un facteur influant sur le rendement, mais représentent tout simplement des preuves de leur appartenance à une race.

Une distinction grossière mais insuffisante peut être obtenue de la façon suivante : la carniolierme est grise aussi bien sur le thorax que sur l'abdomen avec de larges bandes dorsales claires. Elle est extrêmement tranquille et particulièrement douce, contrairement à la race du pays qui a un pelage plus foncé et est sou­vent agitée sur le couvain. Il n'est pas rare qu'elle soit agressive spécialement quand elle est croisée avec une autre race. On ne peut la distinguer avec précision qu'à l'aide d'instruments, c'est-à-dire d'agrandissements afin que les signes désirés puissent être mesurés. Les apiculteurs allemands surtout se sont faits appré­cier dans ce domaine et recommandent vivement de différencier les deux races d'après l'index cubital :

I. L'opération de mesurer l'index cubital est relativement facile à faire lorsqu'on dispose d'un appareil d'agrandissement qui convient. Il s'agit de déterminer la relation de deux artères entre elles qui se trouvent sur l'aile antérieure de l'abeille. Comme chez tous les insectes, les ailes sont pourvues d'artères pour les renforcer. Les cases portent des noms. Seule la troisième cellule cubitale nous intéresse (voir dessin ci-dessous). Chez la race du pays, cette cellule est courte et large alors que chez la carniolienne elle est longue et mince. Si l'on mesure les deux segments a et b, on constate que a est plus long chez la carniolienne que la race du pays. Inver­sement b est plus long chez la race du pays que chez la carniolienne. Le rapport a : b donne l'index cubital que l'on nomme

Aile antérieure d'une ouvrière.  III = cellule cubitale.

aussi index des ailes. C'est ainsi, par exemple, qu'un index 2.0 nous indique que a est 2 fois plus long que b. La moyenne des valeurs mesurées pour la race du pays est en dessous de 2.0 alors que pour la carniolienne elle est au-dessus de 2.3. Lors de ces mensurations, il faut naturellement tenir compte d'une certaine dispersion, c'est pourquoi on devrait appliquer ce procédé sur 30 à 50 abeilles afin de calculer ensuite la valeur moyenne d'une population. On place les ailes entre deux plaques de verre et on les projette contre une paroi, ou on les mesure au microscope avec un appareil spécial.

2. La méthode de mesure de la trompe a fait ses preuves chiez, nous, surtout parce que la race du pays a la trompe plus courte (5,9 à 6,5 mm) que la carniolienne (6,5 à 7,00 mm). La plupart du temps on peut reconnaître les croisements de ces deux races par cette méthode, car les abeilles carnioliennes, déjà lors de la pre­mière génération, n'ont plus la trompe aussi longue. La méthode qui consiste à mesurer avec un appareil dénommé « glossomètre » n'est pas assez précise et, par conséquent pas recommandé. Celle qui consiste à sortir la trompe avec une pincette est préférable et plus précise. Pour cela, on devrait faire mourir des abeilles dans du vinaigre à l'éther afin qu'elles tirent la langue. On utilise alors de cimes abeilles de préférence, afin d'être certain de ne pas tomber sur des abeilles égarées. On mesure 'la trompe en la plaçant entre deux plaques de verre et en la projetant contre une paroi ou au moyen d'un microscope avec des verres grossissants appropriés, de la même façon que pour le calcul de l'index cubital.

La longueur de la trompe est le seul facteur en relation avec le rendement. ne faut cependant pas lui attribuer une importance trop grande, car il existe de nombreux cas où aucune différence de rendement n'a été constatée par rapport aux abeilles à trompe courte. Cependant, dans certains cas pour lesquels on n'a malheu­reusement fait que peu de recherches, il semble pourtant qu'il existe une différence certaines années, vraisemblablement selon le climat et les conditions du terrain. Ainsi, on aurait atteint un but recherché depuis longtemps par les apiculteurs, à savoir l'élevage d'une abeille capable de récolter sur le trèfle rouge.

Comme la mensuration des deux caractéristiques prend passa­blement de temps, nous ne la recommandons que lorsque l'on désire obtenir un but précis, dans notre cas l'élevage d'une race pure.

La langue de l'ouvrière est mesurée de son bout jusqu'à la fin du submenturn.


LE POINTAGE DES COLONIES

Comme il n'est guère possible que toutes les reines soient fécon­dées aux stations par des bourdons appropriés, il est indispensable de contrôler la pureté de la race. Cela rend naturellement le travail plus difficile au cours de la sélection. Lors du contrôle de la pureté, il est important que nous reconnaissions les croisements afin qu'ils soient dès lors exclus de tout élevage. Pourtant, de telles colonies peuvent avoir des récoltes très satisfaisantes et il n'y a pas lieu de se faire du souci à ce sujet. Notre tâche la plus impor­tante consiste alors à tirer le meilleur parti des reines pures qui restent. Nous y arrivons en taxant les colonies d'après diverses caractéristiques. Pour cela on établira un tableau appelé « Standard » que chaque organisation d'élevage bien constituée devrait établir.

1. Ce tableau <, standard » n'est autre qu'une description de la colonie idéale telle que les organisations d'élevage peuvent se représenter leurs colonies futures. On fera ressortir à quelle race elles appartiennent, comment elles se distinguent des autres, par exemple par des signes extérieurs bien visibles (couleur) ou que l'on peut mesurer (longueur de la langue, index cubital) et quelles récoltes on peut attendre d'elles. Les caractéristiques suivantes seront spécifiées dans ce tableau

La récolte est le facteur le plus important auquel nous attri­buons une valeur toute particulière et au moyen duquel nous cherchons à déterminer les meilleures ruches par notre méthode de pointage. On y arrive en pesant exactement les ruches lors de cha­que récolte. Le résultat global d'une année permet de déterminer les colonies de tête. La carte de pointage nous montre que pour cette colonne l'accent est porté à 30 points au maximum. Le calcul du coefficient nous donne le nombre de points à inscrire.

Les réserves de nourriture sont importantes pour les besoins d'existence d'une colonie. Elles ne doivent jamais être épuisées, il faut absolument veiller à cela. Les colonies qui ont fréquemment un excès de couvain et qui doivent être nourries en dehors des périodes à récoltes seront ainsi disqualifiées dans cette colonne.

Le couvain est la base de la prospérité future d'une ruche. Une grande étendue de couvain donne généralement des colonies fortes qui font leurs preuves spécialement dans les bonnes années, Dans les mauvaises années, trop de couvain peut être un élément néfaste. En revanche, une colonie ne pourra jamais atteindre la prospérité désirée à partir d'une surface de couvain restreinte. Il convient d'obtenir la juste mesure

Le couvain. compact sans la Moindre fissure fait la joie de tout apiculteur. Il est le garant de la santé de la colonie ainsi que de l'ordre, spécialement s'il est entouré de pollen. Les colonies au couvain dispersé ne conviennent jamais à l'élevage même si elles donnent satisfaction dans d'autres domaines.

La vitalité de la ruche mérite aussi notre attention car les colonies faibles sont bien sûr indésirables. L'extension relative­ment grande du couvain, comme elle est spécialement nécessaire pour la ruche Dadant, exige aussi une population dense d'abeilles. Si celle-ci fait défaut, on s'aperçoit que l'harmonie de la ruche n'est pas complète. La longévité des abeilles joue donc un rôle très important.

La douceur est une propriété que l'on ne doit pas sous-estimer. 11 est en effet bien plus agréable de travailler avec des abeilles qui nous épargnent un grand nombre de piqûres. Elles se comportent de façon calme sur les cadres, sans quitter le couvain au moindre dérangement. Ceci est une propriété typique de la race, qu'il ne faut pas oublier, lors du choix en vue de l'élevage.

L'origine n'est pas prise en considération dans la carte de pointage parce qu'elle ne pourrait guère être définie avec préci­sion. Chaque éleveur est pourtant conscient que c'est un critère de réussite pour une sélection systématique. Ce n'est qu'un hasard si les rejetons d'une colonie dont nous ne connaissons pas les anté­cédents aussi bonne soit-elle  donnent satisfaction. C'est pour­quoi nous faisons de l'élevage uniquement à partir d'insectes dont l'origine est indiscutable.

La carte de pointage ci-après a été- élaborée en collaboration avec la commission d'élevage de la Société romande d'apiculture. ll est bien sûr nécessaire faire quelques essais dans la méthode de pointage. En vue d'obtenir une certaine unité, un cours spécial fut donné l'été passé aux éleveurs désignés par les diverses associations au rucher d'essais de Plagne. Il devrait être possible d'ob­tenir de meilleurs éléments d'élevage sur la base de ces schéma set comparaisons. Ce n'est pas une tâche facile, mais si elle est accomplie consciencieusement, nous nous approchons alors davan­tage de notre but. Nous avons en même temps la possibilité de découvrir tout ce qui ne nous convient pas et d'éliminer ce qui ne correspond pas au but de l'élevage.

Tiré du « Courrier de l’élevage » de H.Shneider Liebefeld

 

Mis à jour (Dimanche, 22 Novembre 2009 11:02)